Cu Chi: les tunnels de la victoire

<![CDATA[

Cu Chi: les tunnels de la victoire
Cu Chi, Vietnam

Cu Chi, Vietnam


C’était l’arme secrète des Vietnamiens communistes du nord contre les États-Uniens: les tunnels de Cu Chi. Un réseau de passages sous terrains de plus de 200 km de long. Des tunnels si petits qu’il est presqu’impossible pour les occidentaux d’y entrer. Un réseau qui a permis aux Vietnamiens d’attaquer l’ennemi sournoisement, sans se faire repérer ou se faire rattraper. Il fallait voir cela de nos propres yeux…

Dans l’autobus qui nous mène au site, le guide annonce d’un ton fier qu’il a une offre imbattable: le privilège de revenir de la visite en bateau plutôt qu’en bus, pour 12 dollars supplémentaires par personnes. Soit presque le double du coût initial du tour. Tous les touristes du bus refusent l’offre. Notre groupe est composé de gens de différents pays. Nous voyons un groupe de jeunes hommes s’échanger une tasse de maté. Des Argentins? Non, des Uruguayens, qui font un tour du monde de neuf mois. Nous sommes tous heureux de pratiquer notre espagnol avec eux!

Pendant que nous conversons, le guide prend son téléphone portable et feint de parler à son patron. Nous nous regardons entre touristes d’un air amusé. Le guide nous annonce une autre réduction pour le retour en bateau. 11$. Tout le monde refuse de nouveau. Le guide vient voir chacun de nous et essaie encore de nous convaincre. Il répète le même scénario deux autres fois, et refixe son prix à 8 dollars. Le guide s’énerve un peu face aux refus répétés. Il vient nous revoir avec des arguments dignes d’un cours marketing 101: ‘Allez! Ce n’est pas cher pour vous! Allez acheter-le: vous allez tout rater si vous ne faites pas le retour en bateau!’.

Question de lui faire épargner salive et énergie (il fait chaud!), Marie-Claude lui dit gentiment qu’il n’a pas besoin d’essayer de nous convaincre, nous les Cpasifou ne sommes pas intéressés par son tour de bateau, même gratuit. Oups! Le guide n’a pas l’air d’apprécier…

Nous sommes accueillis à Cu Chi par une vidéo de propagande qui vente les succès des Viet Cong. Un ancien militaire nous explique sa vie dans les tunnels. Des centaines de personnes pouvaient y demeurer jusqu’a un mois à l’abri des bombes, du poids des tanks et des tirs ennemis. On pouvait y cuisiner grâce à des trappes qui évacuaient la fumée plus loin. Toutes les tentatives de l’armée américaine (balles, agent orange, chiens pisteurs) contre les habitants des tunnels auraient échouées. Mais les conditions de vies à plus de 10 mètres sous terre étaient très difficiles. Entassés, malades, affamés, blessés, des milliers de personnes y sont mortes.

Notre curiosité est à son comble. Serons-nous capables d’y entrer? Ou aurons-nous la frousse?

Pendant ce temps, notre guide recommence son petit jeu de vente de tour de bateau. Il prend chaque personne du groupe à part et leurs chuchote quelque chose à l’oreille. Tout le monde, sauf nous.

Question de nous faire patienter encore quelques minutes, un autre guide nous fait la démonstration de trappes au sol, qui servaient à capturer l’ennemi. Personne ne pouvait s’en sortir vivant. De faux planchers faisaient tomber les soldats américains (ou les malheureux vietnamiens lunatiques) sur des lances tranchantes ou sur une série de lames genres couteaux à tondeuse. Evidemment, les pauvres ne mourraient pas sur le coup…

Arrive finalement le moment tant attendu : on nous montre l’entrée minuscule de l’un des nombreux tunnels. Un trou de 60 à 70 cm de large qui débouche sur un tunnel d’environ 90cm de haut. Allez Xavier! Essaie d’y entrer! Et bien même pour Xavier, cela n’aurait pas été facile d’y entrer, encore moins d’en sortir. On nous montre ensuite un bout du tunnel agrandi pour les touristes, où l’on peut marcher le dos courbé. On nous averti qu’il n’y a pas de lumière, que le tunnels est en zig zag, qu’il y fait chaud et humide, bref, comme c’était durant la guerre, question de bien faire comprendre aux touristes qu’il fallait être brave et désespéré pour entrer là-dedans. Quelques personnes refusent d’y entrer. Émilie n’est pas certaine de vouloir y aller non plus. Xavier trépigne d’impatience. Marie-Claude et Sylvain veulent y aller aussi. Deux Uruguayens entrent. Un seul remonte plusieurs mètres plus loin, tout en sueur. Il se demande où est passé son ami. Cinq minutes plus tard, le retardataire sort de la terre, beaucoup plus loin, le teint blanc. Il s’était trompé de chemin et a emprunté un des tunnels original, celui où il faut presque ramper au sol…le pauvre, il a eu peur de se perdre!

Nous entrons à notre tour dans le tunnel version agrandie…avec un peu de tricherie. Nous avons une lampe de poche, que nous gardons toujours dans notre sac ‘au cas ou’. Émilie refuse de descendre dans le trou. Sylvain s’enfonce dans le sol avec Xavier. Ils reviennent tout sourire et Xavier repart avec maman. Sous-terre, nous ressentons à la fois l’excitation et la peur. La respiration n’est pas très facile. Les bruits, étouffés. Le sens de l’orientation, nul. Il faut faire très attention où l’on met les pieds. Comment les soldats faisaient-ils pour y courir dans le noir? L’instinct de survie devait être à son plus haut degré.

La visite terminée, notre guide nous annonce que nos quatre places dans l’autobus ne sont plus disponibles. Que nous devons prendre le bus voisin. Mais ce dernier ne compte que 3 sièges libres, nous avons payé pour quatre. Nous retournons à notre bus d’origine, le guide nous fait signe d’attendre, nous ne l’écoutons pas. Nous prenons place dans nos sièges assignés au départ et c’est la que nous réalisons que le guide a voulu se débarrasser de nous. Il voulait offrir trois de nos places à ses amis et prendre la 4e pour lui! Pas de chance, monsieur le guide. Et re-pas de chance pour lui : personne n’a acheté le retour en bateau.

Si maintenant nous comprenons un peu mieux l’arme secrète des tunnels de Cu Chi, le guide n’a pas encore compris l’arme secrète des touristes: lorsque le touriste sent que le guide n’est pas honnête, il peut toujours dire non.


]]>

Laisser un commentaire